En tant que spectateurs, vous aimez un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout nos spectacles? Donnez-nous votre avis.
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© Théâtre Varia
D'après le roman d'Elfriede Jelinek. Adaptation: Jean-Bastien Tinant.
Mise en scène d'Olivier Boudon.
Du 18 au 31 mars 2010 à 20h00. Petit Varia. 
Avec: Guillaume Alexandre, Luc Brumagne, Anne-Marie Loop, Eléna Pérez, Benoît Piret, Lise Wittamer.
«Les coupables innocents restent nombreux. Depuis les rebords de fenêtres fleuris, ils regardent le public, aimables, riches de souvenirs de guerre, font des signes de la main ou revêtent des fonctions importantes. Derrière les géraniums. Il serait temps que tout soit pardonné, oublié, afin de pouvoir recommencer à zéro».
Pour écouter l'interview d'Olivier Boudon sur Culture Club (La Première), cliquez ici .
Dans ce roman qui date de 1980 et qu’elle écrit comme un polar, Elfriede Jelinek s’inspire d’un fait divers qui secoua l’Autriche en 1965. Quatre adolescents attaquent et dévalisent des passants. L’un d’entre eux tue sa famille. Jelinek resitue le fait en 59. «C’est, dit-elle, que jusqu’à cette date il n’existait pas de culture vraiment adaptée aux jeunes. Rien ne s’adressait spécifiquement à eux ; dans le monde politique, les partis établis œuvraient tous à la reconstitution du pays et dans le monde du spectacle, on s’intéressait tout autant à la patrie (le premier concert public des Beatles a lieu en 1960). C’est donc un tournant, le début d’une ère nouvelle».
Rainer et Anna, frère et sœur jumeaux, Sophie, Hans : ils sont quatre et forment une petite bande de trois lycéens et un ouvrier. Ils ont dix-huit ans et sont plutôt doués. Ils lisent – Sade, Bataille – et se complaisent à citer les auteurs qu’ils comprennent plus ou moins bien.
Gosses de riches, de petit-bourgeois ou de prolétaires, ils sont tous héritiers de l'Histoire. Ils ont honte de leur milieu, de leur famille, du passé de leur pays. Pour Rainer et Anna, ce sont les rapports démoniaques entre un père voyeur au passé douteux et une mère soumise à ses volontés. Pour Sophie, c'est la (très) bonne éducation des familles nanties. Pour Hans, c'est le communisme et les camps de la mort. Ils vivent dans une société qui érige l’oubli du passé et la réussite sociale au rang des valeurs suprêmes jusqu’à provoquer leur «nausée». Chacun des quatre est d’ailleurs attiré par le crime au nom de «l'absurdité de l'existence», telle en tout cas qu'ils en ont gobé le concept à la lecture de Camus et de Sartre.
Ils se donnent un genre, écoutent « leur » musique. Ils se promènent, désœuvrés, en quête d’un destin d’exception comme dans les films. Leur haine et leur dégoût sont les signes de leur opposition à un monde qui, à leurs yeux, n’est fait que d’abjection.
Et un jour, ils commettent des actes, des actes qui ne sont que le prolongement du discours qui les habite et les anime : celui d’une jeunesse individualiste et narcissique qui rêve d’échapper à la réalité et de vivre un avenir brillant, beau et facile. Rainer, le cerveau de la bande, est le cas exemplaire. Il va jusqu’à la violence meurtrière à l’encontre de sa propre famille. Mais Jelinek n’écrit pas la genèse d’un acte criminel. Le crime est inéluctable et connu d’avance. Elle remonte méticuleusement dans la mentalité de chacun des personnages. Sous sa plume explosive, le langage des adolescents n’est qu’un conglomérat d’emprunts, de clichés, d’affirmations maladroites ou d’images. Les mots ne sauvent pas. Ils nous font rire malgré le désastre ; ils entrent en collision, parfois sans logique apparente. Ce sont eux qui mènent les consciences, et entre eux et les actes commis, il y a Les Exclus: objets flottants sur les résidus d’un passé, enfants narcissiques abandonnés au présent, encore incapables de se construire et de se projeter dans la réalité d’un futur.
L’adaptation théâtrale puise sa force dans la restitution de ce langage multiple. Elle étaye l’interrogation du livre, le «comment en arrive-t-on là ?», sans présumer de qui est coupable ou qui est innocent. Tout ce qui est dit ne cherche pas à expliquer, mais à donner les structures qui font que «ça ne pouvait se passer que comme ça» en se gardant bien de faire l’apologie de la violence et de tout jugement moral.
Sans doute les mots peuvent-ils terrifier. Avec Elfriede Jelinek, ils n'en demeurent pas moins grandioses car ils poussent notre réflexion loin des sentiers battus et d’un manichéisme réducteur. Nos repères sont brisés et les moules dans lesquels nous nous coulons sans même en être conscients sont complètement remis en question.
«La victime est meilleure parce qu’elle est innocente, ajoute Elfriede Jelinek. Toutefois à l’heure actuelle les coupables innocents restent nombreux. Depuis les rebords de fenêtres fleuris, ils regardent le public, aimables, riches de souvenirs de guerre, font des signes de la main ou revêtent des fonctions importantes. Derrière les géraniums. Il serait temps que tout soit pardonné, oublié, afin de pouvoir recommencer à zéro ».
Pour télécharger le dossier pédagogique, cliquez ici .
Née en 1946, à Mürzzuschlag, en Styrie (Autriche), Elfriede Jelinek passe son enfance à Vienne. «Je suis issue d’une famille viennoise, véritable reflet de la vieille monarchie multiculturelle : mon père était tchèque; chimiste d’ascendance juive, il adorait argumenter, discuter ; si j’écris, c’est sans doute grâce à lui, en partie du moins. Il m’a montré quel plaisir il y a dans l’argumentation, à manier le verbe. Ma mère est de souche roumaine et allemande. J’ai passé mon enfance à Vienne, j’y ai étudié, entre autres, le piano, l’orgue, le violon, la composition. J’ai même obtenu mon diplôme de fin d’études en musique, pour l’orgue... À l’université, j’ai suivi des cours en histoire de l’art et en théâtre, sans toutefois faire sanctionner ces études par des examens. Très tôt, j’ai écrit des poèmes, publiés d’abord dans la plus importante revue d’avant-garde autrichienne, Protokolle » (Elfriede Jelinek, extrait d'un entretien pour la revue Nuits Blanches).
Marquée par un père juif socialiste qui sombre dans la folie (il meurt dans un hôpital psychiatrique en 1968) et une mère catholique très autoritaire, elle se tourne vers la littérature pour exprimer sa révolte contre l'autorité. Son premier roman paraît en 1970. Elle connaît son premier succès international avec La Pianiste (1983), adapté au cinéma en 2001, et Lust (1990). Elle écrit aussi des pièces de théâtre, des poèmes, des scénarios pour le cinéma et la télévision ainsi que des pièces radiophoniques. Elle a reçu une dizaine de prix littéraire, dont le prestigieux Prix Heinrich-Böll de Cologne (1986), le Prix d’Excellence de la ville de Vienne (1989), le prix Georg Büchner (1998), le prix Heinrich Heine de la ville de Düsseldorf et le Prix Nobel de Littérature (2004).
Aujourd’hui, Elfriede Jelinek est connue partout dans le monde. Elle est écoutée, lue et discutée passionnément.
Elfriede Jelinek a reçu le Prix Nobel de littérature 2004
Scénographie: Olivier Wiame.
Adaptation: Jean-Bastien Tinant.
Costumes: Marie Guillon le Masne, Souad Kajjal.
Maquillages: Patricia Timmermans.
Stagiaire promotion: Lucile Urbani.
Assistante à la mise en scène: Léa Drouet.
Equipe Théâtre Varia:
Création lumière: Patrick Pagnoulle, Eric Vanden Dunghen.
Création son: Eric Ronsse.
Régies son et lumière: Patrick Pagnoulle.
BORDS DE SCENE: le mardi 23 et le jeudi 25 mars, rencontre à l'issue de la représentation.
Un spectacle de Schieve Compagnie en coproduction avec le Théâtre Varia. Avec l'aide de Théâtre & Publics et de la COCOF/Fonds d'acteurs. Avec le soutien du C.A.P.T. (Conseil de l'Aide aux Projets Théâtraux) et de la Charge du Rhinocéros.
Remerciements à Sofia Betz, Sarah de Battie, Manon Faure, Michel Hurtmans, Souad Kajjal, Annabel Lopez, Nicolas Luçon, Tatjana Pessoa, Audrey Riesen et à toute l’équipe du Théâtre Varia.
Le site de la compagnie: www.schieve.be/
Le Théâtre Varia, Centre dramatique à Bruxelles est soutenu par la Communauté française Wallonie-Bruxelles et la Loterie Nationale.