Activités particulières

NOUVELLES FIGURES DE LA RESISTANCE ?

SAMEDI 10 décembre 2011. Grand Varia

 

 

Joseph Brodsky, figure de la résistance poétique, a été condamné aux travaux forcés pour «parasitisme social » en URSS, puis contraint à l’exil en 1972.

Dans le cadre de l’accueil de Les Concerts Brodsky de Dirk Roofthooft et Kris Defoort (les 7, 8 et 9 décembre), le Théâtre Varia, en partenariat avec LOD, propose un débat sur Les nouvelles figures de la résistance qui tentera de considérer la complexité des formes historiques de la résistance et d'envisager ses formes actuelles.
A 17h, la projection du documentaire de Loredana Bianconi  - Do you remember revolution -  aura lieu en présence de la réalisatrice et de Susanna Ronconi, ex militante des Brigades rouges, sortie de prison et qui peut pour la première fois quitter l’Italie.
Cette projection sera suivie à 20h30 d’un débat en leur présence. Y participeront également François Nicolas (compositeur de musique « contemporaine », philosophe et fondateur du site « Egalité 68 »), Paul Hermant (chroniqueur et membre du G-1000), John Vandaele (journaliste au magazine MO et auteur), des « dégagistes », des amis du Comité invisible, et des indignés de toutes sortes. Ivana Momcilovic en sera la modératrice.

Si on conçoit qu’il n'y a pas de pouvoir sans domination, on ne peut pas davantage concevoir qu’il y ait de résistance sans domination, et de domination sans résistance : les trois termes- résistance, pouvoir et domination -  sont corrélés l’un à l’autre et ouvrent invariablement sur les catégories et les figures suivantes :

La résistance par la dénonciation et le déni de la situation existante dont  la figure centrale est la figure du dissident. Entre l’avenir dont il rêve et l’héritage avec lequel il veut rompre, est-il capable d’apporter une force nouvelle ou de réaliser un présent nouveau ?

La résistance par la non-gouvernance et l'indiscipline dont la figure centrale est le déserteur. Celui-là est-il capable de définir sa propre ligne contre celle qui lui est imposée ?

La résistance par la rébellion face à une domination dont la figure centrale est le Héros de la Résistance.  Que devient  à terme le processus de cette forme de résistance, dès lors que les contextes changent ?

Peut-on concevoir aujourd'hui de nouvelles figures de la résistance, dans leurs définitions et dans leurs organisations, en dehors de ces trois figures ? Qu’y a-t-il de réellement nouveau dans la figure résistante des années 70 et où en sommes-nous quelque quarante ans plus tard ?

PROGRAMME DU SAMEDI 10 DECEMBRE

A 17h Projection de Do You Remember Revolution, un documentaire de Loredana Bianconi.

Docteur en Art, Communication et Spectacle à la Faculté des Lettres et de Philosophie de Bologne, Loredana Bianconi réalise des émissions pour la RAI3, des documentaires dont La Mina (1989) ou Do You Remember Revolution (1997), et des courts métrages, comme La vie autrement (2005).

Adriana, Barbara, Nadia et Susanna ont 20 ans quand elles décident d'entrer dans la lutte armée, de quitter leur vie sociale et leur famille pour faire de la révolution le centre et le but de leur existence. Elles réapparaissent après de longues années de prison, elles essayent de raconter chacune leur expérience. Elles parlent des raisons politiques qui les ont d'abord soutenues, des conflits, des doutes, des déchirures qui ont marqué leur vie.

Rencontre à l’issue de  la projection avec l’une des femmes du reportage, Susanna Ronconi (Turin) et  Loredana Bianconi, la réalisatrice.

19h30-20h30 : pause repas

À 20h30 :  débat mené par Ivana Momčilović.

Ivana Momčilović se définit comme une « ouvrière en art ». Par formation, elle est dramaturge. En 1991, au commencement de la guerre en RFS-Yougoslavie (son pays natal), elle arrête d’écrire de la fiction pour y revenir ensuite. Elle poursuit actuellement des recherches sur les relations entre politique et fiction, intitulées Structure matérialiste de la nouvelle fiction émancipatoire.

Amplifiées par les réseaux sociaux, on voit aujourd’hui apparaître des nouvelles formes de contestation partout dans le monde, du « printemps arabe » au « Occupy Wall street », en passant par les « indignés » et les « dégagistes » d'Europe. Le débat tentera de considérer la complexité des formes historiques de la résistance et d'envisager ses formes actuelles, en évitant l'écueil de la « garantie de résultat » des partisans de la non-résistance et du « laissez faire, laissez aller ».


Peut-on concevoir aujourd'hui de nouvelles figures de la résistance, dans leurs définitions et leurs organisations, en dehors de ces trois figures du héros, du déserteur et du dissident ?Il s'agit de rompre avec les discours qui voient dans chaque nouvelle forme de résistance le danger qu'on passe simplement d'une forme de répression à une autre, et qui offrent  ainsi un alibi cynique à la prolongation de la situation existante comme étant « la moins mauvaise possible».  Une nouvelle politique d'émancipation impliquerait que la résistance prenne des formes nouvelles : de nouvelles tentatives pour transformer le gouvernement des gens en gouvernement des choses ? Entre «le sujet réactionnaire» et les figures emblématiques de la résistance historique des panthéons, y a-t-il une place pour penser la rébellion de tous, pour les « révoltes logiques », dans un renversement dialectique de la négation en une nouvelle affirmation ? Et quel serait le rôle de ces nouvelles figures de la résistance, du point de vue du potentiel libérateur et rebelle de tous, au-delà de la dichotomie du commandement et de la soumission ?
(présentation des hypothèses sur les Nouvelles figures de résistance?, par Ivana Momcilovic)

INTERVENANTS ET PARTICIPANTS :

Loredana Bianconi / Susanna Ronconi

Paul Hermant, chroniqueur, membre du G-1000, mouvement basé sur la conviction que les citoyens ont quelque chose à dire sur le fonctionnement de la société, même entre deux élections.

François Nicolas  (compositeur sérialiste, philosophe, chercheur, fondateur du site et de la revue Égalité '68 dédié à la réflexion sur les nouvelles postures d'émancipation, cofondateur de l’ensemble de musique contemporaine et de la revue Entretemps, compositeur en recherche à l'Ircam. Il travaille actuellement à un vaste projet compositionnel sur Mai 68 : Égalité ’68, il anime différents séminaires (musique & : mathématiques / psychanalyse / philosophie / histoire…), enseigne la musique contemporaine à l’École normale supérieure (Paris). Il vient de terminer un vaste ouvrage Le monde-Musique (et son écoute à l’œuvre).

John Vandaele : journaliste au magazine MO et auteur d’ouvrages (éd. Houtekiet) sur  la lutte pour le travail décent (2009, avec Dirk Barrez), sur le néolibéralisme et la mondialisation (2007) et les institutions économiques internationales (2005).

Des « dégagistes » : auteurs d'une nouvelle réflexion sur la démocratie (« Tous unis contre la démocratie ! », 2010) et du « Manifeste du dégagisme » (Collectif MANIFESTEMENT, Maelström édition, 2011), ils se disent les contemplateurs du vide politique qui devient matière première d’une politique d’émancipation.

Des amis du Comité invisible, à qui l'on doit notamment « L'Insurrection qui vient » (La Fabrique éd., 2007), sombre et implacable constat post-situ aux conclusions alarmantes.

Des indignés issus du livre de Stéphane Hessel (Indignez-vous !, éd. Indigène, 2010 ) qu'on ne doit plus présenter.

D'autres indignés, auteurs du journal et du blog « Le dignitaire ».

Les rédacteurs d’un numéro spécial du 10 décembre du  Répondeur (journal politique et polémique), entièrement consacré à l'interruption de la pièce « L'Insurrection qui vient » lors de sa présentation au Théâtre national en 2010.

Traduction assurée par Sébastien Monfè.

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