Ce que dit la presse

  • BARRAS ET TROCKI, PLAISIR D'ACTEURS par Le Soir
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    Depuis leur Revizor avec Michel Dezoteux, Karim Barras et Alexandre Trocki n'attendaient que de remettre le couvert bras-dessus, bras-dessous. Et nos magnifiques comédiens qui passent aussi allègrement de Tchékhov à Shakespeare, nous refont le coup de leur burlesque savoureux dans un doublé Feydeau/Labiche toujours sous la patte de Michel Dezoteux.

     

     

    Gibier de potence de Feydeau (un de ses premiers textes, peu joué) et L'affaire de la rue Lourcine (1857) de Labiche, sont deux actes brefs qui peuvent s'enchaîner sans trop forcer la couture. De part et d'autre un fantasme de meurtre, à partir de la lecture d'un fait divers dans un journal… que de joyeux cons et fiers de l'être, avalent dans la plus sotte naïveté. Ici, un mari cocu, Plumard (comment résister à des noms pareils !) veut coincer l'amant de sa femme. Mais voilà que débarque Lemercier, un empêcheur de flirter en rond. Les tourteraux, Pepita et Taupinier, le prennent illico pour l'assassin dont parle le journal. Ce qu'il n'est évidemment pas, quoiqu'arborant un faux nom (...) Implacable mécanique du quiproquo qui s'emballe, où le moindre objet fait farine au moulin de l'hallucination collective.

     

    Même double fantasme chez Labiche qui plante au saut du lit des noceurs impénitents, à l'esprit imbibés, les Lenglumé et Mistingue, les poches remplies de leur soirée en goguette, noyaux de cerises, charbons, chaussure féminine… etc ! De quoi se prendre pour les meurtriers de la jeune charbonnière de la rue de Lourcine. Troubles de l'identité garantis, frénésie de dissimulation dans la plus belle absurdité, et pointe de vitriol d'une bourgeoisie ritualisée !

     

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    Sans renouveler le genre, avec les objets cossus d'usage, c'est d'une efficacité roublarde, quadrillée, avec des scènes de délire offertes par Karim Barras et Alexandre Trocki (bataille de crème fraîche, pantalons baissés sur le pot de chambre doré…), nos compères se pavanant, une longue queue (animale) entre les jambes sans s'en soucier le moins du monde. De quoi alimenter tous les jeux de mots imaginables…

     

    Et le beau décor de Marcos Vinals Bassos, en panneaux mobiles et pas innocent du tout n'est pas en reste, il offre en fond de scène une grande photo en négatif bleuté de biche et cerf (bien pourvu en bois…) dans la nature. Limpide ! Barras et Trocki s'en donnent à corps, à voix et à cœur joie, virtuoses rigoureux de la transformation instantanée. Leur art occulte presque leurs partenaires pourtant efficaces : Erwin Grünspan, Blaise Ludik et Fanny Marcq, seul élément féminin dans ce jeu de quilles masculines, travaillé en musique par Rosario Amedeo, indispensable maillon talentueux d'une telle comédie.

     

    Michelle Friche, mis en ligne le 11/12/09.

     

     

  • De l’art de l’imbroglio par La Libre Belgique
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    Le vaudeville prend ses quartiers au Varia. Georges Feydeau et Eugène Labiche entre les mains de Michel Dezoteux, pour les fêtes, pour le plaisir.

     

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    Dans "Gibier de potence" de Feydeau (1883), Plumard (Erwin Grünspan) a convoqué la police en vue de confondre Taupinier (Karim Barras), l’amant de sa femme. Celle-ci, actrice de revue connue sous le nom de Pépita Lamballe (Fanny Marcq), attire les admirateurs. Dont un certain Lemercier (Alexandre Trocki), venu lui rapporter le chien qu’il croit qu’elle a perdu. Taupinier revient avec le journal que sa maîtresse l’a envoyé chercher, et dans lequel on parle d’un assassin en fuite. Dont le signalement ressemble étrangement au visiteur On assiste là "à l’affrontement de deux idioties définitives", note le metteur en scène qui s’est manifestement amusé à les stigmatiser. Ainsi des amants chauds comme la braise, du mari pontifiant, et de l’affrontement entre Taupinier et Lemercier voulant chacun sauver sa peau en se faisant passer tous deux pour des tueurs en série.

    Sauver sa peau, sauver la face, même combat : c’est le leitmotiv de ces deux courtes pièces. Car chez Feydeau comme chez Labiche, s’il y a méprise, imbroglio, quiproquo, il s’agit toujours de préserver les apparences et la respectabilité du petit monde bourgeois qui a sous nos yeux dévoilé ses coulisses pleines d’aigreurs, de malice, de bêtise.

     

    "L’Affaire de la rue de Lourcine" (1857) débute un lendemain de veille. Lenglumé (Alexandre Trocki) s’éveille avec difficulté pour découvrir dans son lit Mistingue (Karim Barras), avec qui il a copieusement arrosé la fête des anciens du lycée - en cachette de sa femme. Ici encore un entrefilet du journal jouera un rôle central. Les souvenirs confus des compères sont soudain raffraîchis : voilà ce qu’ils sont fait la nuit dernière, ils ont occis une charbonnière ! Panique, élimination de témoins gênants (Justin, le domestique campé par Frédéric Dezoteux, et Potard, le cousin débonnaire interprété par Blaise Ludik), tout cela alors que les Lenglumé s’apprêtent à baptiser leur filleul Labiche a soigné le délire, la mise en scène et la distribution lui emboîtent le pas avec un plaisir non feint, une énergie bondissante et une attention subtile aux détails, aux instants de déviation.

     

    Pour cadrer tout cela, il fallait des portes à claquer, bien sûr, et un décor suffisamment versatile pour servir les deux pièces presque d’un seul tenant. Marcos Viñals Bassols a relevé le défi avec élégance et humour. Festif et plaisant, sans pour autant être surprenant, ce petit doublé vaudevillesque assume la tradition sans omettre les allusions, et rend joliment justice à une architecture dramaturgique et à une rythmique de la langue toujours rudement efficaces.

     

    Marie Baudet, le 20/12/09

     

     

     

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