Créer ou ne pas créer ? Telle est la question que se pose tout créateur, qu’il soit dieu, artiste ou parent.
C’est la question que se pose également la Clinic Orgasm Society (on lui doit notamment le mémorable J’ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie) dans son nouveau spectacle DTC (On est bien).
Au milieu d’un plateau envahi d’un invraisemblable bric-à-brac, trois comédiens bavardent autour d’une table tout en regardant du coin de l’œil le public qui s’installe. Quand une sonnerie retentit, chacun se lève d’un bond, se raccorde à un cable électrique et entre dans la peau de son personnage.
Régulièrement, d’autres sonneries interrompront la représentation, chacun redevenant lui-même avant de se remettre au boulot comme n’importe quel travailleur profitant d’une petite pause bienvenue.
Cette intrusion du réel sur un plateau de théâtre est amplifiée par le fait que les quatre comédiens utilisent leur propre nom durant tout le spectacle.
Si un dieu crée un homme et une femme à son image, comme dans le plus grand best-seller de tous les temps, ceux-ci ne portent pas vraiment les noms usuels. Le dieu se nomme Blaise Ludik et ses créatures Mélanie Zucconi et Ludovic Barth.
La première apparence du duo n’est guère encourageante. Notre créateur tout-puissant s’apercevra vite que la femme ne correspond pas vraiment à ses attentes. Il se débarrasse alors de Mélanie Zucconi et la remplace par Mathylde Demarez, plus conforme à ses désirs. Mais Ludovic Barth n’a pas les mêmes goûts que Blaise Ludik et rien ne peut le convaincre de copuler avec Mathylde Demarez pour perpétuer la race humaine…
Ainsi raconté, le nouveau spectacle de la Clinic Orgasm Society semble presque normal. On plonge pourtant d’emblée dans un univers où la banalité du quotidien, détournée de ses fonctions premières, atteint au délire le plus complet.
Chaque comédien porte à la ceinture un gros baffle retransmettant les phrases qu’il dit généralement en play-back tandis que des voix, rappelant les documentaires animaliers ou les annonces de gare, disent les répliques d’un ton sans expression.
Et celles-ci valent leur pesant de nougat. Lorsque Blaise Citrik se voit interrogé sur le fait de savoir si toutes ses créatures tiennent sur des jambes, la réponse fuse, évidente : « Non ! Les plantes et les moules n’ont pas de jambes. »
Côté décor, le quatuor circule dans un capharnaüm de planches, ballons gonflables, bâches de plastique, sacs, roues de poussettes, etc. Le jardin d’Eden est fait d’un peu de terreau et d’une plante verte tandis qu’un troupeau de moutons en carton s’ébat à l’arrière-plan. Mais on s’apercevra petit à petit que ce gigantesque foutoir ne doit rien au hasard. Du néant peut surgir la plus subtile et la plus fragile des constructions.
Interrogation joyeuse et tragique sur la création, la procréation, l’influence des actes de chacun sur le devenir des autres, le sens de la vie et la naissance de l’univers, DTC (On est bien), créé à Mons dans le cadre du Festival Via, poursuit sa gestation dès cette semaine à Tournai.
N’hésitez pas à découvrir ce nouvel ovni scénique. Sa loufoquerie apparente évoque mieux que de longs et pompeux discours, une multitude de questions se posant à l’homme depuis la naissance de l’univers.
Jean-Marie Wynants, le 23/03/2009.
Le Théâtre Varia, Centre dramatique à Bruxelles est soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Loterie Nationale.