Elfriede Jelinek fait partie de ces auteurs qui jettent sur notre monde une giclée de venin propre à donner la nausée à tout nouveau-né débarquant sur cette terre. Les Exclus, roman de jeunesse du Prix Nobel autrichien, offre un panorama peu reluisant de la nature humaine. Inspirée d’un fait divers, Jelinek autopsie une bande de jeunes paumés, dont l’un ira jusqu’à tuer toute sa famille.
Adaptée par Jean-Bastien Tinant, la pièce pénètre au sein d’une cellule familiale, derrière les fenêtres fleuries, pour scruter les névroses filiales et frustrations générationnelles. Il y a Rainer et sa sœur jumelle Anna, lycéens dégoûtés par leurs parents. On les comprend : le père, violent, se prétend artiste parce qu’il prend des photos pornos de sa femme, complètement soumise. Il y a Sophie, jolie blonde issue d’une famille nantie, qu’une éducation raffinée n’a pas détournée d’un penchant pour les actes extrêmes. Enfin, il y a Hans, l’ouvrier « rencontré en boîte » qui rêve de s’affranchir des valeurs communistes de sa classe. Il se fera la jumelle, puis la blonde puis de nouveau la jumelle pendant que Rainer, amoureux de la même blonde, trouve la jouissance dans la lecture de Sartre, Camus, Sade ou Bataille. Des auteurs que ces jeunes interprètent à leur manière, plutôt singulière. Des auteurs comme ultimes bouées de secours pour des jeunes largués, sans repères, entre un passé qu’on a voulu effacer et un présent individualiste marécageux. Cette honte de leur passé, de leur famille, de leur milieu social, ils veulent l’exorciser dans le crime, surpassant ainsi l’absurdité de tout le reste.
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Catherine Makereel, le 25/03/10.
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