Ce que dit la presse

  • AU NOM DE LA BEAUTE par La Libre Belgique
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    Jan Fabre crée “Le serviteur de la beauté”, dernier volet d’une trilogie.

     

    Anvers, Borgerhout, dans la maison "Troubleyn", le laboratoire de Jan Fabre. Dans quelques jours, il crée à Anvers, au Singel, en néerlandais, "Le serviteur de la beauté", troisième volet d’une trilogie commencée avec "L’empereur de la perte" (1996) et "Le roi du plagiat" (2005). En avril, du 19 avril au 1er mai, les trois spectacles seront joués en français au théâtre Varia à Bruxelles. La création mondiale en français du "Serviteur de la beauté" se fera au Varia le 27 avril.

    Pour chaque volet, on retrouve un seul acteur, mais lequel ! Dirk Roofthooft est un des plus grands acteurs européens et un acteur fétiche des scènes flamandes, en particulier dans les spectacles de Jan Fabre et de Guy Cassiers. Jan Fabre dit de lui qu’il est "comme une éponge qui absorbe tout, qui voit tout, qui boit tout". "Il essaye mon texte dans sa bouche, le teste et me demande le cas échéant de le changer."

    Dirk Roofthooft peut jouer dans cinq langues : néerlandais, français, anglais, allemand et espagnol. Pour préparer cette création dans les deux langues, "il doit apprendre par cœur 350 pages", s’émerveille Jan Fabre.

    A chaque fois aussi, ces monologues sont placés dans des scénographies très visuelles de Jan Fabre, le plasticien. "L’empereur de la perte" était joué dans une boîte rouge avec les murs couverts de lauriers. Dans ce troisième volet, Fabre, voulant garder la surprise, indique simplement que tout sera noir et qu’il y aura de nombreuses lentilles de vision ou de microscopes, suspendus.

     

    Jan Fabre nous explique le lien entre les trois monologues créés à quinze ans de distance : "Ce sont trois manifestes. Dans "l’Empereur", l’artiste était comme un clown en opposition au monde, celui qui ose dire non et qui a envie de devenir un ange. La partie du corps mise en avant était alors le cœur. Dans le second volet, "Le roi du plagiat", il s’interroge sur ce qui est vrai, ce qui est original. L’ange cette fois veut devenir homme et la partie du corps est le cerveau, celui de quatre "-stein" : Einstein, Wittgenstein, Gertrude Stein et Frankenstein. Dans le troisième volet qui sera créé, l’artiste, Dirk Roofthooft, rend hommage à la beauté. Il veut la servir au sens où les serviteurs servent leurs maîtres. La beauté est sa maîtresse. Il est marionnettiste et il veut faire vivre l’art par ses marionnettes en devenant lui-même, transparent, invisible devant son art. Il prétend avoir trouvé un truc pour disparaître à nos yeux. Cela parle de l’idée de l’œuvre qui devient plus importante que soi-même, mais aussi du paradoxe que, au plus un artiste veut demeurer invisible derrière son œuvre, au plus il devient visible."

    Le marionnettiste veut effacer toute empreinte, chaque pas qu’il fait, en se perdant entièrement dans la servitude à sa maîtresse, la beauté. Il devient une sorte de miroir du mystère pour lequel il a donné sa vie. La beauté, selon le texte de Fabre, est "une sorte de mécène qui répare les mauvaises relations que nous avons créées. Ma patronne a l’éclat de l’authentique, elle est la source qui éclaire et rayonne de clairvoyance. Qu’est-ce qu’un serviteur de la beauté, qui suis-je sans la beauté ? Lorsque la beauté a besoin de moi, moi j’ai encore plus besoin de la beauté pour avancer dans la vie, pour changer la vie, pour améliorer la vie".

    Cinq marionnettes ouvrent la porte à toute la fantaisie. Elles sont des doubles schizophréniques de l’acteur et des symboles de l’œuvre d’art. Jan Fabre a choisi comme modèles les marionnettes du Pulcinella theater d’Anvers (et Toone à Bruxelles). Si l’artiste s’appelle Jan Soep, une des marionnettes est Jean Potage, une autre est Maria-Marion, la prostituée, Il y a aussi la mort "Pulala", le singe et Jésus-Christ. "Les dialogues des marionnettes sont en dialecte anversois et, pour la version française, j’ai demandé l’aide de Toone pour les traduire en bruxellois."

    Avec ce volet, la trilogie est-elle terminée ? Fabre éclate de rire : "Non, j’ai préparé déjà une suite qui s’appellera "Le dieu des petites entreprises."

     

    Guy Duplat, le 05/03/10.

     

     

  • DIRK ROOFTHOOFT SOUS LE REGARD DE JAN FABRE par Le Soir
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    Dès ce lundi soir et jusqu'à la fin du mois, le comédien Dirk Roofthooft interprète trois monologues de Jan Fabre au Varia : L'empereur de la perte, Le roi du plagiat et une nouvelle création, en première francophone, Le serviteur de la beauté. L'auteur et metteur en scène flamand nous a parlé de son interprète.

     

    C'est votre troisième monologue écrit pour Dirk Roofthooft…

    J'en ai même écrit un quatrième qui s'appellera Le dieu de la classe moyenne. Je dois encore faire la version finale. C'est un immense plaisir de travailler avec Dirk. C'est un acteur tellement brillant.

     

    De quoi parle la nouvelle création, « Le serviteur de la beauté » ?

    Mes textes forment un ensemble de trois manifestes à propos de l'art, de la position de l'artiste. Dans Le serviteur de la beauté, Dirk joue un montreur de marionnettes qui veut devenir invisible. Dans le même temps, il parle de son patron qui n'est autre que la beauté. Bien sûr, cela parle de la dualité de l'artiste. On veut tous que notre œuvre nous survive. Notre œuvre est ce qu'il y a de plus important. On veut devenir invisible derrière elle… mais plus on tente de devenir invisible, plus on devient visible. Le montreur de marionnettes est évidemment une métaphore de l'artiste.

     

    Quelles sont pour vous les plus grandes qualités de Dirk Roofthooft ?

    La manière dont il goûte chaque mot, comment il joue avec eux, comment il me met au défi de donner le sens de chacun d'eux…Et puis c'est beau de voir comment cela a évolué en quatorze ans. Il y a quatorze ans, il utilisait la puissance du corps, de la « physicalité ». Aujourd'hui, il a vieilli et il utilise la vulnérabilité de ce même corps. La façon dont il jongle avec mon texte, c'est vraiment fascinant.

     

    Vous êtes influencé par lui dans l'écriture ?

    Oui, oui, absolument. J'ai écrit cette nouvelle pièce à partir de son corps. Je l'ai beaucoup interrogé aussi. Quand j'écris, j'entends quasiment sa respiration, son phrasé. Et puis on discute énormément des sujets.

     

    Il intervient directement dans l'écriture ? 

    À sa façon, oui. Durant les quatre mois où on a travaillé sur Le serviteur de la beauté, il a fait beaucoup de suggestions. Il n'aimait pas certaines phrases, n'en comprenait pas d'autres ou ne voyait pas comment se les approprier. Donc je réécrivais pour lui, j'inventais d'autres mots, je remplaçais certaines choses.

     

    Après la création en flamand à Anvers, il passe directement à la création en français au Varia…

    C'est un boulot fou pour lui. Il a dû apprendre 150 pages de texte en flamand, 150 pages en français et 150 pages en allemand… parce qu'on joue en Belgique, en France, aux Pays-Bas et en Allemagne. Un vrai travail de bénédictin. Et il fait cela avec beaucoup de grâce. Une fois qu'il a chopé le truc, on voit apparaître derrière ce type de 50 ans, un gamin de 10 ans. On comprend pourquoi il est devenu un acteur, pourquoi il aime jouer à ce point. Il est comme un petit diable sortant de sa boîte. Et il parvient merveilleusement à transmettre ces textes au public. J'adore travailler avec lui.

     

    Jean-Marie Wynants, le19/04/10

     

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