OTAN INTRANET
…Parler, donc, d’une simple « pièce » serait trop réductif. Et l’illustrer avec le mot « concert » ne rendrait pas justice non plus. Ce « Fruit étrange » est, en effet, un spectacle jazz de la tête aux pieds ! Une polyrythmie d’éléments autour d’un fil rouge, ou mieux encore, d’une fleur rouge, posée délicatement sur un piano à queue : Billie Holiday et les thématiques de sa fameuse chanson…
Strange Fruit est un travail collectif orchestré comme une session de « free jazz », où rien n’est laissé au hasard. Des lignes mélodiques en toute liberté, mais combinées dans une grille d’accords et un thème réfléchit et structuré. Les images, le zoom, les textes, les voix chuchotées et superposées, la répétition des citations à l’écran, les mouvements des acteurs-musiciens, les couleurs choisies pour les lumières : tout parle clairement.
Avec ses messages percutants, Strange Fruit ne vous laisse pas sortir de la salle avec un encéphalogramme plat. Les réflexions se mélangent aux émotions mais…pas de larmes aux yeux. Les thématiques poignantes sont savamment dosées pour bien se rappeler…de ne pas oublier…
Une bonne équipe, donc, à féliciter : pour l’idée, pour la musique (la batterie et le piano joués d’une façon remarquable) et pour l’atmosphère sensuelle et impalpable d’une valeur inestimable.
Strange Fruit est un spectacle qui a une âme. Une âme jazz. Une âme « freedom ». A voir sans plus tarder.
Article publié dans ZONE 02
… Dans le spectacle orchestré par Michel Dezoteux autour de ce thème musical, on trouve des comédiens de tous sexes et de toutes les provenances : brunes ou blondes peroxydées et mecs de toutes catégories mais pas l’ombre d’une silhouette qui rappellerait la diva new-yorkaise. L’histoire, la vie, l’environnement de la jeune chanteuse qui connut les excès du sexe, de l’alcool et de la drogue sont éclatés, partagés entre tous les protagonistes du spectacle pour former un ensemble très jazz, propice à une jam session made in Varia. Bouts de textes semblant porter la signature de Billie ou de nature plus introspectifs et faisant écho aux expériences personnelles des acteurs, effets percutants de projections illustrant le propos à merveille et, surtout, morceaux bien cadrés donnent le ton à ce chant choral mixant plusieurs voix superposées.
Au piano, Rosario Amedeo, à la batterie, Santo Scinta, à la basse Karim Barras, au saxo Michel Dezoteux, aux percussions et à une multitudes d’autres instruments Denis Mpunga, au micro, Florence Minder, Fanny Marcq et Achille Ridolfi donne t sens avec fougue à cette polyphonie lourdement chargée de sens. Une partition « free jazz » qui dessinent un entraînant et pénétrant tableau, reflet d’une époque qui vit la communauté afro américaine trouver ses lettres de noblesse dans la musique alors qu’elle vivait encore sous la coupe de mesures ségrégationnistes.
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sur www.webzinenameless.net le 31 mars 2007
… Strange Fruit est un spectacle musical inspiré de la chanson éponyme.
J’ai rarement été autant retourné.
On commence doucement. On rit un peu. On abat les clichés (« destruction » lapidaire du personnage de Billie Holiday, blagues racistes, etc.) Les climax se succèdent quelque peu. Des moments de folie jazz, où celui est plus esquissé qu’il n’est réellement jeté aux lumières du jour. Des moments déjà fort, qui nous fascinent. On se dit qu’on a pas manqué sa soirée. Parce que le jazz, c’est la musique du soleil qui tape. C’est la musique des sourires et des chants cotonnés. On s’enfonce dans un univers qu’on connaît, sans pour autant se frotter aux clichés tenaces. Le travail d’investigation est profond. Dezoteux connaît son sujet sur le bout des doigts. Ses recherches d’archives en témoignent d’ailleurs généreusement. Les acteurs/chanteurs/musiciens sont parfaits. Le jazz est bel et bien présent sous toutes ses formes, sans oublier ces quelques moments qui semblent d’improvisation, de confession/confidence au public en place. Puis c’est le coup de masse. Parce que ce public, on le prend à témoin. Parce qu’on lui montre que lui aussi, quelque part, il n’est pas innocent. Et on fait ça sur le ton naïf d’un enfant innocent. On joue le silence sur le plateau. L’image.
Silence dans la salle.
Puis, on récupère. On s’enfonce dans l’arrière-boutique du jazz et on en sort tous ses pantins désarticulés, ses hontes et ses cris qu’on ne voulait plus voir à travers les notes. Le public suit. Je suis. Pris. Puis quand tout le monde ne sait plus trop où se mettre, on ressort l’artillerie joviale de la musique, on nous rappelle que le jazz, c’est une musique de danse, de joie et d’oubli.
Parce que l’oubli, c’est le bonheur.
Puis c’est la fin. On n’a pas vu Billie Holiday sur le plateau. Justes en images. Animées ou non.
Je suis d’habitude avare en aplaudissement.
Ce soir, je n’avais plus envie de m’arrêter.…
Article paru le 11/04/07 dans Mosquito
Michel Dezoteux, directeur du Varia et metteur en scène, rêvait d’une pièce autour de la célèbre chanson de Billie Holiday, Strange Fruit, depuis près de 30 ans. Après des années d’hésitations, il a franchi le cap et s’est lancé avec six autres comédiens dans la réalisation de ce projet. Loin d’envisager une histoire avec un début, un milieu et une fin, Dezoteux a préféré miser sur le casse-gueule, l’impro et la folie pour parler du racisme, le thème porté par la chanson de Billie Holiday. A mi-chemin entre le concert et la pièce de théâtre, Strange Fruit ne ressemble à aucun objet identifiable, sorte de grand bordel bourré d’émotion, de musique, de déclarations d’intention, de clichés, de projections d’images d’archives de Billie Holiday, de Martin Luther King, de Malcom X, de nostalgie, de beats et de jazz.
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Les comédiens racontent des anecdotes personnelles, leur première rencontre avec le racisme, l’exclusion, la mort. Une voix crie des blagues de Juifs, de nègres. La musique se fait tantôt jouissive, groovy, dramatique, dissonante, insupportable. Hystérique et émouvante à la fois, cette pièce énerve autant qu’elle séduit et s’achève, moment sublime, par la projection sur l’immense écran du Varia de Billie Holiday interprétant Strange Fruit avec cette magnifique émotion à fleur de peau.
M.S.
Le Théâtre Varia, Centre dramatique à Bruxelles est soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Loterie Nationale.