Dans Le Monde le 22/07/07
Quoi qu'il en soit, une femme nous parle, dans cette pièce à deux voix, constituée de dix-neuf scènes apparemment fragmentaires, mais savamment construites. Et ce double se dédouble encore. Velikanova fait dialoguer deux personnages : son psychiatre, qu'elle appelle Dieu, et elle-même, qu'elle appelle La Femme de Loth, parce que, dans la Bible, cette femme n'a pas d'autre nom. "Il n'y a rien chez les gens, en plus de la mort et de la bêtise. Mais dans la mort elle-même ou dans la bêtise, même prises séparément, il y a quelque chose en plus de la mort et de la bêtise", nous dit Velikanova. C'est ce "quelque chose en plus" qui l'obsède. Elle cherche, avec un esprit mathématique, comment se sortir de l'imposture du sens : "Il n'y a pas de raisons de nommer la raison. Mon conflit est que je n'ai pas de raisons de souffrir, mais je souffre."
Partie très loin dans sa maladie, Velikanova va aussi très loin dans ses échanges avec Dieu-le-psychiatre. C'est à la fois drôle, comme peut l'être une logique extrême de l'absurde, et poignant, pour cette raison même : où est l'issue de secours ? Y en a-t-il une ? Pour Velikanova, oui : il faut s'envoler, aller dans l'espace. Elle veut être la première femme cosmonaute amateure. Pour retrouver le soleil, qui est "la fin et le début à tout".
Dans la mise en scène de Galin Stoev, un Bulgare de 38 ans installé en Belgique, il n'y a rien de pesant. Trois bons comédiens jouent Genèse n° 2 : trois "cosmonautes" de la scène, délestés de toute pesanteur, enjoués et sérieux. Parfois, ils chantent. Trois musiciens les accompagnent. Tout cela est juste, humain.
Le Figaro 24/07/07
Magnifiquement maîtrisé, au contraire, est Genèse n° 2. Un texte d'Ivan Viripaev, traduit du russe par Tania Moguilevskaia et Gilles Morel (édité aux Solitaires Intempestifs) et mis en scène avec une originalité puissante par Galin Stoev qui, lui, vient de Bulgarie. C'est passionnant, l'écriture est forte, les interprètes hyperdoués. C'est remarquable. Une équipe de jeunes que l'on connaît encore mal, mais tous éclatants de talent. L'auteur tresse des fils très différents en un ruban complexe qui nous renvoie de manière très concise du théâtre aux étoiles, comme de vie à mort, raison et folie. C'est superbe et très intelligemment traduit scéniquement par Stoev et ses amis comédiens et musiciens (compositeur, Sacha Carlson). La scénographie, les lumières, les costumes, la vidéo, tout est ingénieux, harmonieux, et sont de la responsabilité de deux filles épatantes, Saskia Louwaard et Katrijn Baetan.
Dans La provence le 22/07/07
Secondés par trois musiciens dont l’accordéon, le violon et le violoncelle distillent une délicate atmosphère slave, les comédiens se révèlent incroyablement présents dans ce tourbillon de textes confus et de questions existentielles. Point de décor, seulement deux miroirs reflétant les images du sol. Point de narration linéaire mais un jeu perpétuel de ruptures. Pour un spectacle agréablement singulier à vivre. Antoine Oppenheim, envoûtant, et Vincent Lécuyer, drôle et ironique à souhait, y sont particulièrement délicieux.
Dans Metro
Une ambiance de conte russe fantastique, une mise en scène et un texte genèse sans Dieu, laquelle pourrait bien être une apocalypse sans flamme, sans démon, sans risque, un glissement vers la fin, juste par oubli, par effacement du sens.
Antonina est l’auteur, est aussi la femme de Loth, c’est la jeune femme sur la scène. Arcadie Illitch est son psychiatre, c'est aussi Dieu, c’est l’homme sur la scène qui n’est pas Viripaev. Nous sommes en pleine littérature russe fantastique où il faut s’habituer à rencontrer un nez déambulant sur la Perspective Nevski, et à voir un matin, un frère, un père ou un ami se réveiller transformé en cafard. Et nous sommes toujours en plein théâtre...
Bien installés dans cet univers de fiction protecteur, nous sommes donc prêts à croire et à regarder la femme de Loth espérant, Antonina, la jeune fille, aux prises avec le dieu tyran, Illitch, l’homme qui n’est pas Viripaev, qui veut tout effacer de son mouchoir mouillé, laissant juste la mort, même pas la maladie, ce quelque chose en plus de la mort, qui laisse encore l’espoir. Les deux personnages sont pourtant unis, plusieurs fois et en dernière instance, dans les chants délirants de Viripaev, chantre de l’imagination, de la vision et de la littérature, chantre de l’autre monde qui, au lieu d’être créé par cette Genèse n°2, la créé comme oeuvre littéraire et pur théâtre, fait de littérature et de liberté.
Genèse n°2 fait ainsi taire involontairement ceux qui opposent écriture et théâtre, et rappelle que l’espace théâtral est un lieu à défendre car il est ce lieu unique, artificiel, fou, anarchique et utopique où on croit en la genèse, non en la première divine, mais en cette deuxième toujours recommencée par l’homme démiurge et espérant, lieu par excellence de la mise en chair des mots d’espoir.
Dans International Herald Tribune le 01/08/07
Dirigée par Galin Stoev, originaire de Bulgarie, la pièce est un montage de vrai et de faux, de réel et d’imaginaire, un exposé magique d’un théâtre déconstruit venu du cœur des pays de l’Est, une vision de survivants visitée par l’imagerie biblique, par des flashbacks des cauchemars des années de didacture.
Le Soir 10/2006
Et c’est parti pour un festival d’envolées chaotiques, pseudo-philosophiques et bizarres, sur les poissons, le sel, la pourriture , des Russes folâtrant sur un lit de plumes, des morts écoutant la radio. Au centre de ces divagations, l’opposition entre un dieu ( Vincent Lécuyer, grinçant et savoureux) qui affirme avoir tout effacé avec un chiffon mouillé, lui y compris, et la femme de Lot qui cherche désespérément un sens.
A chaque nouvelle création de Galin Stoev, un réflexe s'impose : remettre les données théâtrales de notre disque dur à zéro. Avec Oxygène du jeune Russe Ivan Viripaev et sa réjouissante lecture des dix commandements, le Bulgare bousculait déjà nos repères. Pas de personnages, mais des acteurs porteurs d'un texte sacré, poétique et surréaliste. Pas de narration linéaire, mais un montage éclaté, déstructuré. Pas de décor, mais la simplicité d'adresses au public, faussement improvisées. Exégèse très particulière de la Bible, Genèse n°2, du même Viripaev, remet ça. En plus délirant.
La Libre Belgique, le 20/07/06
Bonnes surprises pour "Genèse n°2" et "Mefisto for ever", productions francophone et flamande dans le "in" d'Avignon qui ont, avec brio, tiré leur épingle de ce jeu délicat. Retour sur ces deux temps forts.
Dieu existe-t-il ou non ? L'autre, qu'est-il par rapport à soi ? Y a-t-il, en toute chose, ce "quelque chose en plus" ? Ivan Viripaev, l'auteur russe de "Genèse n°2", créé l'an dernier au théâtre de la Place à Liège, a-t-il réellement fondé son spectacle sur base d'un texte écrit par une patiente psychiatrique, Antonina Velikanova ? Reste que la pièce, de bout en bout, interroge l'identité, la foi, la folie, le rapport à soi, à l'autre, au monde. Un texte a priori fragile, composé de sautes d'humeur, d'idées hybrides, de rythmes changeants. Une partition à manier avec délicatesse. Si la création, à Liège, avait posé des bases très prometteuses, la troupe se révèle, ici, à la hauteur du festival, offrant une interprétation limpide d'un thème par essence dénué de sens - la schizophrénie. Les acteurs Vincent Lécuyer et Antoine Oppenheim confirment leur jeu tour à tour drôle, grave et puissant, tandis que Céline Bolomey a trouvé son juste ton. Un bond en avant, donc, pour l'équipe de "Genèse n°2", emmenée par le metteur en scène d'origine bulgare Galin Stoev et promise à une tournée plus large.
Le tandem russe et déjanté d'Ivan Viripaev et Galin Stoev remet le couvert pour un questionnement sans début ni fin sur le monde, la foi, le sens. A l'origine de ce spectacle où l'énergie mène la danse, les textes d'une patiente internée pour schizophrénie. Sur scène, un trio bien huilé: Vincent Lécuyer, grinçant et drôle, Céline Bolomey, charmante, et Antoine Oppenheim, à la présence forte. Vivifiante déclinaison de la notion du «contemporain».Marie Liégeois, La Libre Belgique,
Sur scène, deux grandes glaces, tour à tour miroirs ou vitres, axées de telle façon que les spectateurs s’y voient presque et que les corps des acteurs s’y reflètent. Dédoublement, reproduction de la réalité : ces deux panneaux où l’image oscille, hésite, s’affirme puis se retire, illustre à merveille l’es méandres de l’esprit d’Antonina.
Le duo déjà présent dans « oxygène », composé de Céline Bolomey, charmante et féline, et d’Antoine Oppenheim, qui marque la scène de sa présence, en démarche chaloupée et sa voix envoûtante, s’enrichit de l’arrivée de Vincent Lécuyer, délicieux dans son jeu, ironique et drôle à souhait.
Costume un brun rétro, parfaitement tendance, plateau aux couleurs orange, noires et bleutées : « Genèse n°2 » adopte un ton résolument neuf. Frais et vivifiant. Au fond un spectacle à vivre. Bien plus qu’à décrire.
Le Théâtre Varia, Centre dramatique à Bruxelles est soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Loterie Nationale.