Le Révizor de Gogol, c'est l'histoire à la fois réaliste et surréaliste d'un village devenu fou, où tout le monde traficote et craint l'arrivée de l'inspecteur venu de Saint-Petersbourg, le Revizor. A force de la craindre, ces pauvres notables l'incarnent dans un paumé criblé de dettes, qui les roule dans la farine, en attendant l'arrivée du vrai "Revizor". Michel Dezoteux s'empare de cette histoire, avec une cocasserie irrésistible. A mi-chemin entre réalité écoeurante, toujours actuelle, et obsession collective. Aidé par la chorégraphe Nicole Mossoux, il transforme ses acteurs en bouffons très typés, s'appuyant sur une musique "live" de Rosario Amedeo et Denis Mpunga. Une longue préparation permet à la troupe une homogénéité rare: les plus petits rôles sont soignés, à mi-chemin entre comédie hilarante et délire poétique. Avec un sens du rythme, qui épanouit acteurs et spectateurs. (...)
Sur LA PREMIERE le 15/02/2008
Michel Dezoteux signe une formidable adaptation du chef-d’œuvre de Gogol. Une farce sarcastique et très actuelle.
Faite de muscles, de nerfs, de souffles et de beaucoup d’humour, cette adaptation très physique du « Révizor » de Gogol met en scène les tromperies et mensonges qui régissent un petit village russe.
Dès le départ, le décor ingénieux de Marcos Vinãls Bassols annonce les travers de cette communauté pourrie jusqu’à la moelle, dessinant un hall administratif à l’ossature tordue, aux murs décrépis et aux portes bancales. Au cœur de ce dispositif évoquant une certaine misère soviétique, quatorze comédiens se plient avec gourmandise à la mise en scène diablement physique de Michel Dezoteux.
Tout comme la fourberie de L’Avare (autre classique dépoussiéré par ses soins) transpirait par tous les pores du comédien, le jeu corporel tient ici encore le rôle-titre, les contorsions et mimiques trahissant les petites et grandes lâchetés des personnages du Révizor.
Dans un style expressionniste, les comédiens, tous excellents, bondissent, éructent, grimacent comme des marionnettes hyperkinétiques. Tel un seul organe, aux mêmes terminaisons nerveuses, ils portent ce ballet comique avec une vivacité folle. Pilier de la troupe, Yoann Blanc (cyclothymique et méprisable gouverneur) et Karim Barras (Klhlestakov, fonctionnaire tout aussi roublard) – le profiteur et le joueur – cristallisent l’enjeu de la pièce : peut-on vivre sans petits mensonges ? « La pièce ne dit pas qu’il faut devenir mafieux ou puiser dans les caisses mais elle montre que la pureté des politiques est une utopie, nous précise le metteur en scène. Une rigueur rêvée peut aussi mal finir, comme le fascisme et sa dangereuse recherche de pureté. C’est pourquoi j’ai voulu rendre ces deux personnages très humains. C’est l’entremêlement des deux héros qui raconte l’histoire, loin des parodies réductrices de Sarkozy et d’autres. Si ici les références ne sont pas directes, il y a quelque chose dans l’air du temps qui nous rappelle le texte. »
C’est là toute la force de cette pièce vivante, cruellement actuelle grâce à un travail d’adaptation qui s’est permies toutes les libertés. « L’œuvre de Gogol est très ouverte dans sa forme, reconnaît le metteur en scène. Ce n’est pas comme Tchekhov à qui il faut coller au plus près parce qu’il savait exactement quel théâtre lui était nécessaire. On a dû beaucoup aménager, raccourcir, supprimer des références au servage ou à l’antisémitisme, pour que ce soit plus compréhensible aujourd’hui ».
Conservant l’essence de la fable et son ironie mordante, Dezoteux libère un rire salvateur sur toutes les prévarications de l’histoire. Les dents trop longues de certains n’ont pas fini de faire grincer celles des autres.
In Le Soir - 21/02/2008.
Le quiproquo et la peur, sacrés moteurs d’une farce qui avance à vive allure. Gogol vu par un Michel Dezoteux inspiré et soutenu par une troupe vitaminée.
…De l’appuyé, il y en a, dans l’adaptation et la mise en scène de Michel Dezoteux, du jeu proche de la carictature, à la fois drôle et sensible, aux maquillages (signés par Jean-Pierre Finotto) accusant les traits avec finesse. Hormis une ou deux scènes d’exaltation excédentaires à nos yeux, ces deux heures virevoltantes sont un vrai plaisir de comédie truculente et turbulente.
In La Libre Belgique – 22/02/2008
…L’adaptation (avec coupes) de Michel Dezoteux reste assez sage, si l’on excepte l’une ou l’autre expression un peu « épicée » et un déplacement des costumes vers les années 1960. Sa mise en scène lance cette bande de « bouseux » (sic), dans un tourbillon à la vodka qui mange aux râteliers du film muet, de la comédie musicale, de la bande dessinée, du vaudeville avec portes, coups, chutes et pot de chambre. Le tout fonctionne au quart de tour, truffé de musique (merci à Rosario Amedeo et Denis Mpunga), dans un grouillement incessant (réglé par Nicole Mossoux et Lilian Bruisma), franchement drôle, avec ce halo d’onirisme et cet arrière-plan grinçant nécessaires …
In Le Vif l’Express – 22/02/2008
… A la mise en scène, l’énergique et un brin alternatif Michel Dezoteux. Pour quel résultat ! Deux heures de théâtre physique et rythmé, des personnages délirants et hauts en couleur, magistralement campés par des comédiens athlètes, une musique endiablée et improvisée, le tout saupoudré d’une bonne dose d’humour. Et puis, last but not least, un jeu qui s’adresse véritablement au public, captivé et souvent hilare. Après le Manège à Mons, accourez donc nombreux au Varia (re)découvrir l’âme russe dans toute sa folie absurde et l’excellence de nos acteurs et metteur en scène ! …
In Mosquito
Le Théâtre Varia, Centre dramatique à Bruxelles est soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Loterie Nationale.