(…)ce par quoi Aurore Fattier entame le texte original, Panope, une servante, a dans un langage quotidien servi au public (en dispositif bi-frontal) une introduction : où sommes-nous (dans le château-bunker de Thésée), qui sont les protagonistes et quels sont, en résumé, leur ascendance et leurs liens, sous quelle forme allons-nous entendre l'histoire (la versification, avantages et inconvénients)... Et ces déflagrations ? Oh vous savez, c'est la guerre. Mais ici on ne risque rien. Chaos dehors. Radio dedans qui débite les nouvelles de l'extérieur.
(…)On le voit, les époques se percutent. La mise en scène cherche - et trouve - un mi-chemin entre l'Antiquité du thème, le XVIIe siècle du style et l'aujourd'hui du jeu. L'anachronisme pour autant ne semble pas un but, mais le moyen de faire entendre une langue, de faire voir une tragédie, de faire sentir la liberté que suppose le théâtre. En Phèdre qui se consume, Dominique Grosjean habite l'alexandrin avec majesté et le sens du grotesque qui convient au spectacle - entourée qu'elle est de nombre de ses élèves en formation vocale à l'Insas. Notons encore la Panope décontractée d'Elena Perez, l'OEnone un peu empruntée de Lise Wittamer ou encore l'enfant-dieu, personnage inventé, étrange et très présent, de Karen de Paduwa. Malgré les coupes (et quelques paradoxales longueurs), tout est là, avec un sens confirmé de la caricature réfléchie, une touche d'humour et un parfum d'étrangeté.
In La Libre Belgique, le 10/04/08
Le Théâtre Varia, Centre dramatique à Bruxelles est soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Loterie Nationale.