Le premier acte n’est qu’un prologue, les trois suivants font une comédie imparfaite, le dernier est une tragédie, et tout cela cousu ensemble fait une comédie", écrivait lui-même Pierre Corneille (1606-1684) de cette œuvre singulière et virtuose, composée en 1635, alors qu’il n’a que 29 ans et a déjà écrit sept autres pièces de théâtre, tragédies et comédies. De "L’Illusion comique", Marcel Delval livre, pour les vingt ans du Varia, une mise en scène nourrie par la roborative machine théâtrale, la richesse de la langue, et une distribution multiculturelle, tandis que les costumes voyagent du XVIIe au XXIe siècle, de l’Orient à l’Occident.
Enchâssements successifs et apparences trompeuses font de la pièce l’illustration de l’idée baroque. Tout commence dans la grotte du magicien Alcandre que vient consulter un père, Pridamant, éploré par la disparition de son fils Clindor. Celui-ci, par un artifice, apparaît : il est devenu le serviteur rusé du capitaine Matamore
C’est de l’art scénique lui-même qu’au finale fait l’éloge Corneille. Et c’est un théâtre en toutes ses dimensions, auquel s’adonnent les interprètes Rosario Amedeo, Luc Brumagne, Paul Camus, Pierre Dherte, Robert Guilmard, Othmane Moumen, Melissa Pire, Babetida Sadjo (dans le rôle de Lyse, ici croquée par le scénographe et créateur des costumes Claude Renard), Carole Weyers et Arieh Worthalter. Encadrés notamment par Michelangelo Marchese, maître d’armes, et par Anne-Claire pour le travail des vers.
Marie Baudet, le 04/03/09.
Cette œuvre de jeunesse de Corneille a traversé quatre siècles pour nous parvenir, aussi accessible que formidablement mise en valeur, sur la scène du Théâtre Varia. Marcel Delval, co-fondateur de ce dernier, donne à ce « monstre baroque » toute sa féérie, et les dix comédiens défendent avec corps et esprit leurs personnages d’une diversité passionnante. Que cette alchimie théâtrale vous emporte !
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Pas de limite créatrice
Si la pièce a « surmonté l’injure du temps » (Corneille), l’équipe réussit le pari de lui rendre tout son enchantement, sa richesse poétique, son tragi-comique. L’irréel limite l’intervention émotionnelle du spectateur, mais les artifices techniques, machineries et jeux de lumière nous plongent dans une ambiance tout aussi magique qu’ultra-moderne. Les costumes collent à la peau des personnages et les révèlent, sans donner l’impression de remonter dans le temps. La scène se remplit de couleurs et de luxure, tandis que la musique parvient à entrer dans la construction scénique pour faire rire ou dramatiser. Quant aux acteurs, ils n’ont aucune limite. Ils mettent les vers en gestes pour leur donner plus de sens, les crient, s’égosillent, se roulent par terre, et donnent aux deux heures de spectacle tout leur dynamisme. Leur très bonne déclamation, mais aussi la virtuosité de l’écrivain, nous font apprécier les alexandrins sans aucune lourdeur. Le tout prend forme dans une scénographie changeante, fuyante, en miroirs, avec une caméra dans l’œil du magicien pour nous retransmettre les actions en grand écran.
Ouvrez grands vos yeux, tous les moyens ont été déployés pour vous plaire…Pourvu que cette pièce parvienne à s’envoler pour toucher le grand public.
Julie Lemaire (Bruxelles), le 13/03/09
On joue rarement Corneille et en général toujours le fameux Cid. Marcel Delval est donc fort courageux de monter une comédie amoureuse de Corneille, L' Illusion comique, écrite en alexandrins. Anne-Claire qui a joué cette pièce, au Théâtre National, dans les années 90, dirigée par Jean-Marie Villégier- aide las comédiens à s'approprier la rythmique diabolique de l'alexandrin. Autre piège: une intrigue compliquée, mêlant deux thèmes- un père bourgeois à la recherche de son fils, qu'il finit par retrouver, devenu acteur et, oh horreur, jouant un valet- et les amours de ce fils, coincé entre deux femmes, une servante et une riche héritière. On est donc en plein dans le genre «théâtre dans le théâtre» avec,en outre, un magicien et un guerrier froussard, le fameux Matamore. Un roman d'aventures, que Delval transforme en un feuilleton TV, avec quelques effets spéciaux et autant de clins d'œil, destinés manifestement au jeune public. On recommande ce spectacle, à défaut des puristes, à tous les profs de français qui ne savent comment donner le goût des classiques à leurs élèves, gorgés de TV. Un aveu: j'ai mis une bonne demi- heure à entrer dans le spectacle qui ne prend corps que lors de l'arrivée des jeunes femmes, Isabelle, richement dotée et Lyse, la servante. L'affrontement de deux jeunes actrices au tempérament de feu, Carole Wyers, Isabelle, fille à papa richement dotée, et Babetida Sadjo, Lyse, la servante subtile, vaut à lui seul le déplacement, comme prix de la découverte.
Elles mettent à l'épreuve le malheureux Clindor, un Othman Moumen résistant courageusement à ce double assaut. Ce trio central nous fait passer un excellent moment tout comme le bouffon triste de Luc Brumagne en Matamore.
Christian Jade, le 13/03/09
Le Théâtre Varia, Centre dramatique à Bruxelles est soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Loterie Nationale.