Qui a dit que nous vivions la fin des utopies ? Armel Roussel nous fait désirer l'avenir. Enflammé, insurgé, poétique, son spectacle est totalement jouissif. formidable leçon pour tous les grincheux défaitistes.
Pour sentir l’air du temps, il faut observer ce que le théâtre a dans le ventre. Il souffle actuellement sur les scènes une brise d’optimisme, et surtout une envie d’en démordre avec la vie, de rêver la société.
Repères
Parce que le théâtre ramène dans ses filets ce que la marée de l'actualité dépose sur la rive du temps, «Si demain vous déplaît» déverse sur la scène du Varia un concentré de notre époque déboussolée, avec tout ce qu'elle compte d'impuissance, mais aussi d'envies, d'utopies. L'auteur et metteur en scène Armel Roussel y délaisse la provocation de ses derniers spectacles (Pop?, Fucking Boy) mais accomplit une petite révolution, grâce à une écriture ardente, d'une poésie sans prétention, et à une douzaine de comédiens à la folie contagieuse.
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Ils se déchaînent comme des diables
Sur la scène, un mur encadre ce condensé loufoque de la société comme un entonnoir à réflexions, mais ses parpaings blancs vont voler en éclats pour laisser exploser une deuxième partie décoiffée. A l'image de cet ado qui veut « en finir avec la résignation, avec ce monde qui a tout avalé y compris sa propre contestation, avec ce sentiment confus d'un achèvement sans lendemain – fin des utopies, du politique, du sens, du féminisme, du plein emploi, de la modernité elle-même », la pièce éclate en un feu d'artifice de révoltes. Comme l'enfant qui ne veut pas de « cette école du désespoir », les comédiens se lâchent dans une joyeuse émeute. Au son « live » et exaltant d'un DJ perché sur son mirador, ils se déchaînent comme des diables, lancent des avions en papier dans le public, se prennent pour Jackson Pollock et font défiler les pancartes : «Soyons heureusement critiques», «Des jardins potagers au Parc Royal», «Embrassez-vous, là tout de suite», «Une journée sans voiture par semaine». Une rébellion enivrante qui se termine par une scène d'une poésie absolue parce que d'une simplicité merveilleuse, les comédiens trempant leurs pieds en bord de scène sur une plage imaginaire. On a rarement été si content d'être éclaboussé !
Catherine Makereel, 12/05/09.
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...ça frétille et ça pétille, ça donne de vivifiantes piqûres de rappel, ça envoie de la vie dans la figure des présents, ça chasse la morosité sans effacer la noirceur. Et sans oublier l’humour.
Après l’ordre questionneur de la première partie, dans un décor de murs lisses et blancs, survient, comme l’hémisphère opposé, un second volet plus foutraque, riche en mouvements d’ensemble, peuplé d’individualités, de personnalités fortes et singulières, habité d’une anarchie créative joyeuse.
Il y a une volonté poétique et un propos philosophique dans le texte d’Armel Roussel, qui avant tout questionne nos obstacles, nos croyances, nos frustrations, nos illusions, nos espoirs. Il y a de la fantaisie mais aussi de la rigueur dans sa mise en scène duale (et, après la relative retenue du début, un côté Demy-Legrand ensuite). Quant à la scénographie, qu’il signe aussi, d’une apparente simplicité, elle se révèle rudement efficace - presque le douzième personnage de cette création généreuse.
Marie Baudet, mis en ligne le 12/05/09.
Même s’il inspire son titre de Philip K.Dick, auteur de science-fiction, Armel Roussel ne nous propose pas une vision de demain mais décortique aujourd’hui et la place laissée aux utopies avec dix comédiens pour porter un regard sur le monde dans une mise en scène polymorphe et maitrisée.
Sur le plateau, ils sont là. Ils nous attendent. Ils sont encore comédiens, déjà un peu personnages. Un adolescent plein de questions, une femme qui n’accepte pas d’être aimée, un écologiste convaincu, une scientifique qui a une explication pour tout...plus qu’un panel de types humains, c’est autant de sources diverses de questionnement que met en mouvement «Si demain vous déplaît». Mais si les dix comédiens campent différents personnages-figures, ils garderont leur prénom car c’est du monde d’aujourd’hui qu’il est question même si c’est le chemin vers demain qui est interrogé. Enfermés, cernés par un mur de briques blanches – scénographie inventive signée par le metteur en scène – ces hommes et ces femmes déambulent dans ce microcosme figurant notre société.
La première partie s’ouvre sur la parole de l’adolescent interrogeant nos mythologies contemporaines - qu’est-ce que le capitalisme ? le communisme ? l’anarchisme ? - et se veut l’analyse de notre monde actuel. Mais à l’heure où il est de bon ton de brasser les thèmes du développement, de l’écologie, ou encore de notre modernité qui se précipite droit dans le mur, Armel Roussel arrive avec brio à traiter ces sujets essentiels sans tomber dans un moralisme cliché ni proposer de solutions à l’emporte-pièce.
Le texte – lui aussi d’Armel Roussel et nourri de nombreuses lectures – évite ainsi les facilités et sa forme fragmentaire permet d’aborder les thèmes chers à l’artiste – la recherche du bonheur, la beauté, les utopies – et ses questions sur notre monde de manière décalée.
Mêlant diverses formes d’expressions, la seconde partie de la pièce se voudra plus chaotique, peut-être parce que, quand tout est à reconstruire, les possibles deviennent infinis. Proposée comme de l’art brut, des utopies à l’état sauvage, elle apporte un pendant intéressant mais, en traînant en longueur certains passages, elle n’évite pas quelques écueils du théâtre contemporain.
«Si demain vous déplaît» participe d’un théâtre qui se politise tout en restant à sa place et nous ouvre à la réflexion sans lourdeur grâce à un texte tantôt drôle, tantôt prenant, à une mise en scène très rythmée, sans oublier la création sonore sans égale de Brice Cannavo.
Emmanuelle Lê Thanh, mis en ligne le 10/05/09.
Bien plus que le meilleur spectacle de l’année, Si demain vous déplaît... est le manifeste d’une époque, d’une révolte. Une pièce enflammée, insurgée, poétique, contredisant ces grincheux qui nous bassinent avec la fin des utopies. Le genre de spectacle qui vous fait désirer l’avenir, vous entraîne dans cette euphorie suivant tout geste théâtral accompli, et vous laisse l’impression du passage de la vie même.
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La première partie s’articule autour des questions d’un adolescent curieux : « Pourquoi avons-nous besoin de croire en quelque chose ? Pourquoi faut-il faire des enfants ? C’est quoi le capitalisme, le communisme, l’anarchisme ? » Ses interrogations sont le fuel de saynètes saugrenues exhibant une scientifique obsédée par l’amour, une Jeanne d’Arc des temps modernes, un écolo au cœur d’artichaut, un doux dingue qui ne sait s’il existe trop ou pas assez. Mais bientôt, par un effet explosif dont on vous réserve la surprise, ce cadre va éclater pour laisser la place à une deuxième partie décoiffée.
A l’image de l’ado qui veut en finir avec cette « école du désespoir », la pièce explose en un feu d’artifice de révoltes. Les comédiens se déchaînent, lancent des avions en papier dans le public, se prennent pour Jackson Pollock et font défiler les pancartes : « Soyons heureusement critiques », « Des jardins potagers au Parc Royal », « Embrassez-vous, là tout de suite. »
« Je voulais une première partie qui tourne autour de nos empêchements, la difficulté de s’engager, nos doutes, se souvient Armel Roussel. Par contre, pour la deuxième partie, je voulais une immense liberté, un théâtre plus cathartique, même si certaines réponses y naissent en filigrane. Que ce soit une sorte de fête au monde, une libération. Je voulais avant tout un spectacle léger, où l’on se regarde à la loupe mais où l’on peut aussi en rire. Un spectacle pur où il n’y aurait aucun cynisme. Un spectacle qui fasse du bien mais en même temps qui soit humain. C’est pour ça que les comédiens gardent leur propre nom sur scène. »
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Tandis que la première partie nous fait croire à un Dieu omniprésent, on découvre dans la seconde partie qu’il s’agit en fait d’un DJ, perché sur son mirador au milieu des ruines, prêt à faire la fête dans les décombres. Sur sa bande-son exaltante, une rébellion enivrante s’engage.
Totalement jouissif, le spectacle touche toutes les générations : « On vient de jouer à Liège où ça a marché du tonnerre avec les jeunes. D’un autre côté, les soixante-huitards me disent qu’ils se sont pris une claque monumentale, que ça les renvoie brutalement à ce qu’ils nous ont légué. Tout cela se cristallise autour de l’adolescent, personnage central de la pièce, qui est né entre deux chutes, celle du Mur de Berlin et celle du World Trade Center », analyse le metteur en scène ...
Que de la belle matière pour inspirer le Roussel nouveau, désormais plus tourné vers la poésie que vers la provocation. « Ce qu’on a pris pour de la provocation dans mes précédents spectacles, c’était sans doute de la pudeur, paradoxalement. Aujourd’hui, c’est vrai que j’ose faire des spectacles démasqués. Certains diront que c’est de la maturité, moi je pense que j’ai tout simplement moins peur. »
Catherine Makereel, le 16/10/09
Le Théâtre Varia, Centre dramatique à Bruxelles est soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Loterie Nationale.